AU FIL DES JOURS

Omnibus X : refus du Premier Ministre  de recevoir les scientifiques 

Qui a écrit « la dictature, c’est ferme ta gueule et la démocratie c’est cause toujours » ? Coluche ? Jean-Louis Barrault ? En tous les cas, par les temps qui courent, réjouissons-nous que les démocrates soient nombreux…

L’Europe et notre pays en particulier, sont depuis deux ans agités par des crises agricoles qui sont l’expression des injonctions contradictoires auxquelles est soumise la profession agricole : l’impératif de soumission aux marchés et celui de la transition écologique. C’est dans ce contexte que d’autres professionnel.es, des scientifiques, biologistes, écologues, chimistes, des soignants, médecins, sage-femmes, infirmier.es rappellent que ce n’est pas en mettant l’agence sanitaire Anses sous tutelle du ministère de l’agriculture qu’on résoudra la pollution massive des nappes souterraines. Que les agriculteurs sont les premières victimes des pesticides, mais que ces produits  ont contaminé tous les milieux : les sols, l’eau, les aliments, l’air que nous respirons. Et bien sûr le vivant qui en dépend. Comme l’illustrent la chute dramatique du nombre d’insectes, celle des oiseaux et les impacts sur la santé humaine. Ces professionnels défendent un bien commun : il s’agit de la santé : celle des écosystèmes et celle des humains.

C’est pourquoi 2300 scientifiques et médecins avaient signé une lettre ouverte au Premier Ministre le 8 décembre 2025, dans laquelle nous nous alarmions du projet de la Commission Européenne, appelé « omnibus X ». Ce projet consiste, sous couvert de simplification des réglementations, à autoriser sans limitation de durée et sans réévaluation, la majorité des pesticides mis sur le marché. Or nous le redisons avec force : les données scientifiques, médicales et économiques convergent pour justifier au contraire un renforcement du rôle des agences sanitaires, un renforcement des protections contre les effets toxiques avérés des pesticides et, plus largement, un soutien aux alternatives aux pesticides. Ces produits  sont une part conséquente de l’exposome des humains contribuant à des problèmes tels que les troubles du développement neurologique des enfants, des maladies neurologiques comme la maladie de Parkinson, certains cancers y compris chez les jeunes, ou encore l’infertilité entre autres. Du fait d’une réglementation défaillante, ces pathologies ont été mises en évidence le plus souvent des années après la commercialisation des pesticides en cause : nous en tirons la conclusion qu’il faut renforcer le processus d’évaluation, pas le supprimer ! 

Aussi nous souhaitions pour le moins que ces faits soient entendus en haut lieu, et avions donc sollicité un rendez-vous avec le Premier Ministre. Ce qu’il vient de refuser (cf courrier du cabinet du premier ministre sur le site de l’AMLP).

Etait-ce trop demander ? Sa Ministre de l’agriculture prendra le temps, elle, de recevoir des représentants du lobby agrochimique, lors des assises de l’Observatoire du déclin agricole que le sénateur Laurent Duplomb honorera de sa présence, lui qui s’apprête à déposer un nouveau projet de Loi autorisant l’usage de deux néonicotinoïdes. « Les grandes manipulations intellectuelles des activistes décroissantistes », « le combat contre les idées reçues », sont au programme. Il y a fort à parier que le concept « une seule santé » en soit une aux yeux des contempteurs du corpus scientifique démontrant les effets des néonicotinoïdes sur les pollinisateurs et sur le neuro-développement humain. 

https://www.medecinsdumonde.org/actualite/paquet-omnibus-vii-de-la-commission-europeenne-scientifiques-et-professionnels-de-sante-interpellent-le-premier-ministre/

et voici la réponse du 1er Ministre