LES NÉONICOTINOÏDES
INTRODUCTION
Les néonicotinoïdes représentent une génération d’insecticides parmi les plus utilisés depuis une trentaine d’années Particulièrement efficaces, ces insecticides de synthèse sont employés aussi bien en agriculture que sur les animaux domestiques pour combattre un large spectre d’insectes potentiellement nuisibles. Ils représentent 24 % du marché mondial des insecticides, dont 80 % sont utilisés pour le traitement commercial des semences, et autorisés dans plus de 120 pays à travers le monde ([1])
Le recours mondial croissant à l’utilisation en partie prophylactique de ces insecticides systémiques neurotoxiques persistants et puissants a soulevé des inquiétudes quant à leurs impacts sur la biodiversité, le fonctionnement des écosystèmes et les services écosystémiques fournis par un large éventail d’espèces et d’environnements affectés. L’ampleur actuelle de l’utilisation, combinée aux propriétés de ces composés, a entraîné une contamination généralisée des sols agricoles, des ressources en eau douce, des zones humides, de la végétation non ciblée et des systèmes marins estuariens et côtiers, ce qui signifie que de nombreux organismes habitant ces habitats sont à plusieurs reprises et chroniquement exposés à des concentrations efficaces de ces insecticides. Et il est bien évident que la population humaine n’en sort pas indemne.
En 2018 il y a eu, en France, une interdiction de 5 substances actives : imidaclopride, clothianidine, thiaméthoxame, thiaclopride, acétamipride
En 2020 : Retour temporaire : le gouvernement autorise par dérogation l’usage de l’acétamipride sur les semis de betteraves sucrières.
MODE D’ACTION
Le mode d’action des néonicotinoïdes repose sur leur affinité pour les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine qui jouent un rôle important dans la transmission neuromusculaire et motrice, et dans diverses fonctions du système nerveux central Ces récepteurs existent non seulement chez les insectes mais aussi dans de nombreuses espèces vertébrées, suscitant – en l’absence d’une spécificité d’espèce marquée – des inquiétudes légitimes sur d’éventuels effets neurologiques, neurodéveloppementaux ou neurodégénératifs chez l’humain. ([2])
Comme il s’agit de neurotoxiques, ils agissent directement sur le cerveau. Autrement dit, ils déstabilisent le système nerveux central des insectes parasites entraînant une paralysie puis la mort.
UTILISATION
Les néonicotinoïdes sont des substances dites systémiques, c’est-à-dire qu’elles se diffusent dans toute la plante pour la protéger des ravageurs. Elles peuvent être utilisées en granulés, en traitements de semences ou en pulvérisation. En agriculture, cinq substances sont répertoriées dans la famille des néonicotinoïdes : la clothianidine, l’imidaclopride, le thiaméthoxame, l’acétamipride et le thiaclopride. Leurs effets sur l’environnement ont conduit l’Union européenne à retirer l’approbation de certaines substances.([3])
Mettons-nous dans la peau d’un céréalier soucieux de son rendement et dans le déni de la chute de la biodiversité : il se trouve devant un emploi d’une facilité extrême avec l’enrobage des graines :
- leur haute toxicité pour les insectes assure une protection efficace à la production.
- la forte concentration du produit réduit considérablement les dépenses des agriculteurs. Il faut à peine quelques grammes de néonicotinoïdes pour protéger un hectare de culture.
- leurs propriétés systémiques assurent une protection globale de la plante traitée. Pour finir, leur longue persistance dans les zones traitées offre une protection longue durée. Même si ça « ne se voit pas » l’enrobage des graines ne protége pas les sols.
Mais si l’on tient compte de la faible biodégradabilité du produit un terrain traité avec des néonicotinoïdes sera toujours contaminé des années après l’arrêt de l’utilisation du produit. A titre d’exemple, l’imidaclopride est très persistant dans les sols en condition aérobie (demi-vie de 157 à 973 jours). ([4])
La plante n’absorbe en effet qu’une petite partie de l’insecticide utilisé pour l’enrobage des semences, le reste se retrouve donc dans les sols et contamine pendant de longues années les champs traités. Pire, les eaux de ruissellement propagent le produit, affectent les parcelles à proximité, tuent la faune souterraine et surtout affecter les nappes phréatiques. D’après les chercheurs, les néonicotinoïdes ne nuisent pas qu’aux insectes. Ils impacteraient également sur les oiseaux des champs par la raréfaction des insectes et l’ingestion de semences enrobées de ces insecticides.
En outre, grâce à leurs propriétés systémiques, ils pénètrent dans le système vasculaire de la plante et se retrouvent dans les feuilles, le nectar et même le pollen. Et donc ces produits sont bien loin de rester dans les sols ou l’eau : des chercheurs japonais font état des premières détections de pesticides néonicotinoïdes dans l’eau de pluie([5]). Avec, comme substance la plus fréquemment détectée, le fameux acétamipride que le sénateur Duplomb a tenté de réintroduire en France. « Les nuages sont devenus un vecteur de contamination de l’environnement global », résume le chimiste et toxicologue Jean-Marc Bonmatin (CNRS), qui travaille depuis trente ans sur cette famille de pesticides.
Enfin, les néonicotinides sont également utilisés dans les médicaments vétérinaires comme les traitements contre les puces des animaux de compagnie et les produits biocides tels que les traitements des bâtiments d’élevage ou les appâts contre les nuisibles pour les usages domestiques ([6])
CONSEQUENCES SUR LA SANTE : EXEMPLE DE L’ACETAMIPRIDE
La toxicité des néonicotinoïdes pour l’homme a été évoquée déjà de longue date, en particulier par des auteurs japonais (celle-ci étant lié à une utilisation et à un mode de contamination particulier comme l’épandage aérien et à la forte consommation de Thé) avec une symptomatologie principalement neurologique, et aussi du fait de sa persistance dans les écosystèmes
Neurotoxicité ([7])
Elle est logique de par le mode d’action cellulaire des néonicotinoïdes qui bloquent l’acétylcholine, principal neurotransmetteur du système nerveux commun aux insectes et aux humains.
De nouvelles études paraissent chaque mois ou presque.
On constate chez les souris, une altération des activités locomotrices et augmentation des comportements de type anxiété et diminution des capacités auditives, avec un effet plus marqué chez les souris mâles que chez les femelles (Kubo et al. 2022)
Des travaux ([8]), publiés le 10 mai 2025, ont examiné 144 adultes souffrant de troubles neurologiques et ont comparé leur exposition aux néonicotinoïdes à celle de 30 individus sains. Les auteurs indiquent que l’exposition à ces neurotoxiques et à leurs métabolites est associée à des marqueurs d’inflammation et que le principal métabolite de l’acétamipride est, de toutes les molécules recherchées, le plus présent dans les échantillons. Ils montrent surtout que les taux urinaires moyens d’acétamipride sont de six à sept fois plus élevés chez les malades que chez les autres.
toxicité neuro-développementale
L’imprégnation par les néonicotinoïdes influe sur le développement du fœtus et de son cerveau ([9])([10])
Son principal métabolite a été retrouvé dans le liquide céphalo rachidien des enfants (Jing li 2023 )([11]) ([12])([13]) et aussi dans le cordon ombilical et le lait maternel ( Huang 2024)([14]) Il traverse donc toutes les barrières de notre corps notamment aux âges les plus vulnérables.
« La présence d’un tel produit [neurotoxique] dans le liquide céphalorachidien, ce n’est pas du tout anodin, selon le biologiste Alexandre Aebi (université de Neuchâtel), coauteur de ces travaux([16])([17]). D’autant moins que, jusqu’à la publication de nos résultats, on nous disait que les néonicotinoïdes ne pouvaient pas traverser la barrière hématoencéphalique.
Reprotoxicité
Avec 2 conséquences
Sur la fertilité
Cytotoxique par stress oxydatif sur des cellules trophoblastiques du premier trimestre à l’origine du placenta (Gomez)([18])
Baisse du nombre d’ovocytes matures et d’ovocytes fécondés chez les souris exposées.([19])
Retards de croissance sur un échantillon de 57 nouveaux nés exposés à l’acétamipride (taux urinaires à la naissance plus élevés d’un métabolite de l’acétamipride chez les nouveau-nés en retard de croissance) ([20])
Baisse du nombre et de la mobilité des spermatozoïdes, baisse de la testostérone ([21])
Sur le neuro développement (cf supra)
Pour conclure à partir de ces 2 éléments : fertilité et neurodéveloppement il semblerait nécessaire de classer l’acetamipride en R1 (connu pour nuire à la fertilité humaine ou au développement de sa descendance) versus R2 (Susceptible de nuire à la fertilité ou au fœtus) cf doc
Son caractère perturbateur endocrinien (PE) ([22]) et cancérogène +++
L’étude in vitro et in vivo de Li en 2022 démontre que les néonicotinoïdes favorisent le cancer du sein et sa progression (métastases)par l’intermédiaire du récepteur GPER aux œstrogènes.
Dans l’étude, l’Acétamiprid est celui qui active le plus fortement le récepteur GPER avec les plus faibles doses (1 umol) signant son action PE.
L’auteur conclu que le risque pour la santé féminine devrait être pris en compte de toute urgence
On note une perturbation endocrinienne de l’aromatase, enzyme responsable de la dernière étape clé de production des œstrogènes à partir des androgènes. Dans ce cas précis, les néonicotinoïdes favorisent donc la synthèse d’œstrogènes pouvant jouer un rôle dans les retards de croissance intra utérins et les cancers du sein.
Le rapport de l’EFSA indiquait également que l’exposition au néonicotinoïde était associée à une baisse des niveaux de testostérone ([23]), mais également sur un échantillon de la société américaine ([24]).
En outre
De plus, plusieurs études observationnelles réalisées chez l’humain rapportent que l’exposition à l’acétamipride pourrait impacter l’homéostasie du glucose et de l’insuline chez l’adulte, le périmètre crânien des nouveau-nés issus de mères exposées et favoriser le développement du cancer du foie [[25]].
Seuils acceptés
En juillet 2025, la Commission européenne a porté la LMR (Limite Max Résidu = seuil autorisé) d’acétamipride dans le miel de 0,05 mg/kg à 0,3 mg/kg.
L’entreprise Albaugh Europe Sarl (filiale européenne de l’entreprise étasunienne Albaugh LLC) un poids lourd de l’agrochimie, fabricant de produits phytosanitaires à destination des agriculteurs du monde entier a demandé à remonter la limite maximale de résidus pour l’acétamipride dans le miel. Ce, grâce à des données scientifiques fournies par l’entreprise elle-même !([26])
L’abeille domestique est la seule espèce sur laquelle une tentative d’évaluation du risque a été menée, alors que les autres pollinisateurs, note l’EFSA, peuvent être « considérablement plus sensibles » aux néonicotinoïdes.([27]) Des scientifiques allemands ont, de leur côté mis en évidence que l’épandage d’acetamipride à des concentrations faibles, proches de celles rencontrées en bordure des champs traités, conduisait en seulement deux jours à un effondrement de 92 % des populations des trois espèces d’insectes les plus abondantes dans ces milieux. Soit une sensibilité à l’acétamipride plus de 11 000 fois supérieure à celle de l’abeille domestique.([28])
Et pour clore le débat (?) : en 2025, l’année de la fameuse loi Duplomb sans acétamipride, le rendement des betteraves a rebondi : « Le rendement national moyen est estimé à 91 tonnes par hectare, contre 80 l’an passé », a déclaré Nicolas Rialland, directeur de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), affiliée à la FNSEA, lors d’un premier bilan dévoilé mercredi 3 décembre. Un score qui le place au-dessus de la « moyenne olympique » sur cinq ans, établie à 80 tonnes par hectare ([29])
[1] Bortoli S, Coumoul X. Acétamipride : l’histoire d’une controverse. Environ Risque Sante 2025 ; 24 : 341-346. doi : 10.1684/ers.2025.1888
[2] Bortoli S, Coumoul X. Acétamipride : l’histoire d’une controverse. Environ Risque Sante 2025 ; 24 : 341-346. doi : 10.1684/ers.2025.1888
[3] https://www.anses.fr/fr/content/les-neonicotinoides#:~:text=Les%20néonicotinoïdes%20sont%20une%20famille,effets%20sur%20les%20insectes%20pollinisateurs
[4] https://www.sagepesticides.qc.ca/Recherche/RechercheMatiere/DisplayMatiere?MatiereActiveID=137
[5] https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/06/03/de-l-acetamipride-detecte-pour-la-premiere-fois-dans-l-eau-de-pluie-au-japon_6610395_3244.html?search-type=classic&ise_click_rank=1
[6] https://www.anses.fr/fr/content/les-neonicotinoides#:~:text=Les%20néonicotinoïdes%20sont%20une%20famille,effets%20sur%20les%20insectes%20pollinisateur
[7] https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.2903/j.efsa.2025.9639
[8] https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0269749125007778?via%3Dihub
[9] https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0045653523014844
[10] https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0041008X24004149?via%3Dihub
[11] 2022 Dec;130(12):127702. doi: 10.1289/EHP11374. Epub 2022 Dec 13. Detection of Neonicotinoid Insecticides and Their Metabolites in Human Cerebrospinal Fluid Adela Jing Li 1 2022
[12] Laubscher, B., Diezi, M., Renella, R. et al. Multiple neonicotinoids in children’s cerebro-spinal fluid, plasma, and urine. Environ Health 21, 10 (2022). https://doi.org/10.1186/s12940-021-00821-z
[13] https://link.springer.com/article/10.1186/s12940-021-00821-z
[14] Science of The Total Environment Volume 950, 10 November 2024, 175386 Comparison of prenatal and postnatal exposure to neonicotinoids and their temporal trends in breast milk Huang a b,2024
[15] https://www.efsa.europa.eu/fr/press/news/131217
[16] https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35016674/
[17] 2022 Dec;130(12):127702. doi: 10.1289/EHP11374. Epub 2022 Dec 13. Detection of Neonicotinoid Insecticides and Their Metabolites in Human Cerebrospinal Fluid Adela Jing Li 1 2022
[18] Trophoblast toxicity of the neonicotinoid insecticide acetamiprid and an acetamiprid-based formulation / Toxicology. 2020 Feb 15:431:152363
[19] Hassanzadeh R, Joursaraei GA, Hejazian LB, Feazi F, Najafzadehvarzi H. Evaluation of the protective effect of melatonin on oocyte, embryo and ovarian tissue parameters in female mice exposed to acetamiprid. JBRA Assist Reprod. 2023 Sep 12;27(3):407-413. doi: 10.5935/1518-0557.20220068. PMID: 37257062; PMCID: PMC10712808.
[20] LC-ESI/MS/MS analysis of neonicotinoids in urine of very low birth weight infants at birth Go Ichikawa 2019 PloS one.
[21]Arıcan, E.Y.; Gökçeo ̆glu Kayalı, D.; Ulus Karaca, B.; Boran, T.; Öztürk, N.; Okyar, A.; Ercan, F.; Özhan, G. Reproductive Effects of Subchronic Exposure to Acetamiprid in Male Rats. Sci. Rep. 2020, 10, 8985
[22] https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.2903/j.efsa.2025.9639
[23]https://journals.lww.com/adbm/fulltext/2022/11000/the_effect_of_increasing_the_dose_of_acetamiprid.114.aspx
[24] https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/tox.23503
[25] Bortoli S, Coumoul X. Acétamipride : l’histoire d’une controverse. Environ Risque Sante 2025 ; 24 : 341-346. doi : 10.1684/ers.2025.1888
[26] https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.2903/j.efsa.2025.9300
[27] https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.2903/j.efsa.2016.4610
[28] https://www.nature.com/articles/s43247-025-02065-y
[29] https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/12/06/meme-sans-acetamipride-le-rendement-des-betteraves-rebondit_6656245_3234.html?search-type=classic&ise_click_rank=1
film résumant les effets des néonicotinoïdes
https://www.youtube.com/watch?v=tmcYlTNDj3A.
pesticides systémiques
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avis sur projet de loi (septembre 2020)
Protestation collective
LES NÉONICOTINOÏDES
INTRODUCTION
Les néonicotinoïdes représentent une génération d’insecticides parmi les plus utilisés depuis une trentaine d’années Particulièrement efficaces, ces insecticides de synthèse sont employés aussi bien en agriculture que sur les animaux domestiques pour combattre un large spectre d’insectes potentiellement nuisibles. Ils représentent 24 % du marché mondial des insecticides, dont 80 % sont utilisés pour le traitement commercial des semences, et autorisés dans plus de 120 pays à travers le monde ([1])
Le recours mondial croissant à l’utilisation en partie prophylactique de ces insecticides systémiques neurotoxiques persistants et puissants a soulevé des inquiétudes quant à leurs impacts sur la biodiversité, le fonctionnement des écosystèmes et les services écosystémiques fournis par un large éventail d’espèces et d’environnements affectés. L’ampleur actuelle de l’utilisation, combinée aux propriétés de ces composés, a entraîné une contamination généralisée des sols agricoles, des ressources en eau douce, des zones humides, de la végétation non ciblée et des systèmes marins estuariens et côtiers, ce qui signifie que de nombreux organismes habitant ces habitats sont à plusieurs reprises et chroniquement exposés à des concentrations efficaces de ces insecticides. Et il est bien évident que la population humaine n’en sort pas indemne.
En 2018 il y a eu, en France, une interdiction de 5 substances actives : imidaclopride, clothianidine, thiaméthoxame, thiaclopride, acétamipride
En 2020 : Retour temporaire : le gouvernement autorise par dérogation l’usage de l’acétamipride sur les semis de betteraves sucrières.
MODE D’ACTION
Le mode d’action des néonicotinoïdes repose sur leur affinité pour les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine qui jouent un rôle important dans la transmission neuromusculaire et motrice, et dans diverses fonctions du système nerveux central Ces récepteurs existent non seulement chez les insectes mais aussi dans de nombreuses espèces vertébrées, suscitant – en l’absence d’une spécificité d’espèce marquée – des inquiétudes légitimes sur d’éventuels effets neurologiques, neurodéveloppementaux ou neurodégénératifs chez l’humain. ([2])
Comme il s’agit de neurotoxiques, ils agissent directement sur le cerveau. Autrement dit, ils déstabilisent le système nerveux central des insectes parasites entraînant une paralysie puis la mort.
UTILISATION
Les néonicotinoïdes sont des substances dites systémiques, c’est-à-dire qu’elles se diffusent dans toute la plante pour la protéger des ravageurs. Elles peuvent être utilisées en granulés, en traitements de semences ou en pulvérisation. En agriculture, cinq substances sont répertoriées dans la famille des néonicotinoïdes : la clothianidine, l’imidaclopride, le thiaméthoxame, l’acétamipride et le thiaclopride. Leurs effets sur l’environnement ont conduit l’Union européenne à retirer l’approbation de certaines substances.([3])
Mettons-nous dans la peau d’un céréalier soucieux de son rendement et dans le déni de la chute de la biodiversité : il se trouve devant un emploi d’une facilité extrême avec l’enrobage des graines :
Mais si l’on tient compte de la faible biodégradabilité du produit un terrain traité avec des néonicotinoïdes sera toujours contaminé des années après l’arrêt de l’utilisation du produit. A titre d’exemple, l’imidaclopride est très persistant dans les sols en condition aérobie (demi-vie de 157 à 973 jours). ([4])
La plante n’absorbe en effet qu’une petite partie de l’insecticide utilisé pour l’enrobage des semences, le reste se retrouve donc dans les sols et contamine pendant de longues années les champs traités. Pire, les eaux de ruissellement propagent le produit, affectent les parcelles à proximité, tuent la faune souterraine et surtout affecter les nappes phréatiques. D’après les chercheurs, les néonicotinoïdes ne nuisent pas qu’aux insectes. Ils impacteraient également sur les oiseaux des champs par la raréfaction des insectes et l’ingestion de semences enrobées de ces insecticides.
En outre, grâce à leurs propriétés systémiques, ils pénètrent dans le système vasculaire de la plante et se retrouvent dans les feuilles, le nectar et même le pollen. Et donc ces produits sont bien loin de rester dans les sols ou l’eau : des chercheurs japonais font état des premières détections de pesticides néonicotinoïdes dans l’eau de pluie([5]). Avec, comme substance la plus fréquemment détectée, le fameux acétamipride que le sénateur Duplomb a tenté de réintroduire en France. « Les nuages sont devenus un vecteur de contamination de l’environnement global », résume le chimiste et toxicologue Jean-Marc Bonmatin (CNRS), qui travaille depuis trente ans sur cette famille de pesticides.
Enfin, les néonicotinides sont également utilisés dans les médicaments vétérinaires comme les traitements contre les puces des animaux de compagnie et les produits biocides tels que les traitements des bâtiments d’élevage ou les appâts contre les nuisibles pour les usages domestiques ([6])
CONSEQUENCES SUR LA SANTE : EXEMPLE DE L’ACETAMIPRIDE
La toxicité des néonicotinoïdes pour l’homme a été évoquée déjà de longue date, en particulier par des auteurs japonais (celle-ci étant lié à une utilisation et à un mode de contamination particulier comme l’épandage aérien et à la forte consommation de Thé) avec une symptomatologie principalement neurologique, et aussi du fait de sa persistance dans les écosystèmes
Neurotoxicité ([7])
Elle est logique de par le mode d’action cellulaire des néonicotinoïdes qui bloquent l’acétylcholine, principal neurotransmetteur du système nerveux commun aux insectes et aux humains.
De nouvelles études paraissent chaque mois ou presque.
On constate chez les souris, une altération des activités locomotrices et augmentation des comportements de type anxiété et diminution des capacités auditives, avec un effet plus marqué chez les souris mâles que chez les femelles (Kubo et al. 2022)
Des travaux ([8]), publiés le 10 mai 2025, ont examiné 144 adultes souffrant de troubles neurologiques et ont comparé leur exposition aux néonicotinoïdes à celle de 30 individus sains. Les auteurs indiquent que l’exposition à ces neurotoxiques et à leurs métabolites est associée à des marqueurs d’inflammation et que le principal métabolite de l’acétamipride est, de toutes les molécules recherchées, le plus présent dans les échantillons. Ils montrent surtout que les taux urinaires moyens d’acétamipride sont de six à sept fois plus élevés chez les malades que chez les autres.
toxicité neuro-développementale
L’imprégnation par les néonicotinoïdes influe sur le développement du fœtus et de son cerveau ([9])([10])
Son principal métabolite a été retrouvé dans le liquide céphalo rachidien des enfants (Jing li 2023 )([11]) ([12])([13]) et aussi dans le cordon ombilical et le lait maternel ( Huang 2024)([14]) Il traverse donc toutes les barrières de notre corps notamment aux âges les plus vulnérables.
« La présence d’un tel produit [neurotoxique] dans le liquide céphalorachidien, ce n’est pas du tout anodin, selon le biologiste Alexandre Aebi (université de Neuchâtel), coauteur de ces travaux([16])([17]). D’autant moins que, jusqu’à la publication de nos résultats, on nous disait que les néonicotinoïdes ne pouvaient pas traverser la barrière hématoencéphalique.
Reprotoxicité
Avec 2 conséquences
Sur la fertilité
Cytotoxique par stress oxydatif sur des cellules trophoblastiques du premier trimestre à l’origine du placenta (Gomez)([18])
Baisse du nombre d’ovocytes matures et d’ovocytes fécondés chez les souris exposées.([19])
Retards de croissance sur un échantillon de 57 nouveaux nés exposés à l’acétamipride (taux urinaires à la naissance plus élevés d’un métabolite de l’acétamipride chez les nouveau-nés en retard de croissance) ([20])
Baisse du nombre et de la mobilité des spermatozoïdes, baisse de la testostérone ([21])
Sur le neuro développement (cf supra)
Pour conclure à partir de ces 2 éléments : fertilité et neurodéveloppement il semblerait nécessaire de classer l’acetamipride en R1 (connu pour nuire à la fertilité humaine ou au développement de sa descendance) versus R2 (Susceptible de nuire à la fertilité ou au fœtus) cf doc
Son caractère perturbateur endocrinien (PE) ([22]) et cancérogène +++
L’étude in vitro et in vivo de Li en 2022 démontre que les néonicotinoïdes favorisent le cancer du sein et sa progression (métastases)par l’intermédiaire du récepteur GPER aux œstrogènes.
Dans l’étude, l’Acétamiprid est celui qui active le plus fortement le récepteur GPER avec les plus faibles doses (1 umol) signant son action PE.
L’auteur conclu que le risque pour la santé féminine devrait être pris en compte de toute urgence
On note une perturbation endocrinienne de l’aromatase, enzyme responsable de la dernière étape clé de production des œstrogènes à partir des androgènes. Dans ce cas précis, les néonicotinoïdes favorisent donc la synthèse d’œstrogènes pouvant jouer un rôle dans les retards de croissance intra utérins et les cancers du sein.
Le rapport de l’EFSA indiquait également que l’exposition au néonicotinoïde était associée à une baisse des niveaux de testostérone ([23]), mais également sur un échantillon de la société américaine ([24]).
En outre
De plus, plusieurs études observationnelles réalisées chez l’humain rapportent que l’exposition à l’acétamipride pourrait impacter l’homéostasie du glucose et de l’insuline chez l’adulte, le périmètre crânien des nouveau-nés issus de mères exposées et favoriser le développement du cancer du foie [[25]].
Seuils acceptés
En juillet 2025, la Commission européenne a porté la LMR (Limite Max Résidu = seuil autorisé) d’acétamipride dans le miel de 0,05 mg/kg à 0,3 mg/kg.
L’entreprise Albaugh Europe Sarl (filiale européenne de l’entreprise étasunienne Albaugh LLC) un poids lourd de l’agrochimie, fabricant de produits phytosanitaires à destination des agriculteurs du monde entier a demandé à remonter la limite maximale de résidus pour l’acétamipride dans le miel. Ce, grâce à des données scientifiques fournies par l’entreprise elle-même !([26])
L’abeille domestique est la seule espèce sur laquelle une tentative d’évaluation du risque a été menée, alors que les autres pollinisateurs, note l’EFSA, peuvent être « considérablement plus sensibles » aux néonicotinoïdes.([27]) Des scientifiques allemands ont, de leur côté mis en évidence que l’épandage d’acetamipride à des concentrations faibles, proches de celles rencontrées en bordure des champs traités, conduisait en seulement deux jours à un effondrement de 92 % des populations des trois espèces d’insectes les plus abondantes dans ces milieux. Soit une sensibilité à l’acétamipride plus de 11 000 fois supérieure à celle de l’abeille domestique.([28])
Et pour clore le débat (?) : en 2025, l’année de la fameuse loi Duplomb sans acétamipride, le rendement des betteraves a rebondi : « Le rendement national moyen est estimé à 91 tonnes par hectare, contre 80 l’an passé », a déclaré Nicolas Rialland, directeur de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), affiliée à la FNSEA, lors d’un premier bilan dévoilé mercredi 3 décembre. Un score qui le place au-dessus de la « moyenne olympique » sur cinq ans, établie à 80 tonnes par hectare ([29])
[1] Bortoli S, Coumoul X. Acétamipride : l’histoire d’une controverse. Environ Risque Sante 2025 ; 24 : 341-346. doi : 10.1684/ers.2025.1888
[2] Bortoli S, Coumoul X. Acétamipride : l’histoire d’une controverse. Environ Risque Sante 2025 ; 24 : 341-346. doi : 10.1684/ers.2025.1888
[3] https://www.anses.fr/fr/content/les-neonicotinoides#:~:text=Les%20néonicotinoïdes%20sont%20une%20famille,effets%20sur%20les%20insectes%20pollinisateurs
[4] https://www.sagepesticides.qc.ca/Recherche/RechercheMatiere/DisplayMatiere?MatiereActiveID=137
[5] https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/06/03/de-l-acetamipride-detecte-pour-la-premiere-fois-dans-l-eau-de-pluie-au-japon_6610395_3244.html?search-type=classic&ise_click_rank=1
[6] https://www.anses.fr/fr/content/les-neonicotinoides#:~:text=Les%20néonicotinoïdes%20sont%20une%20famille,effets%20sur%20les%20insectes%20pollinisateur
[7] https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.2903/j.efsa.2025.9639
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film résumant les effets des néonicotinoïdes
https://www.youtube.com/watch?v=tmcYlTNDj3A.
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