GÉNÉRALITÉS
« Le neurodéveloppement désigne l’ensemble des mécanismes qui vont guider la façon dont le cerveau se développe, orchestrant toutes les fonctions cérébrales (les fonctions motrice, langagière, cognitive, l’intégration sensorielle, la perception, la gestion émotionnelles, etc.). C’est un processus dynamique, influencé par des facteurs biologiques, génétiques et environnementaux. Il débute très précocement, dès la période anténatale, pour se poursuivre jusqu’à l’âge adulte » ([1])
Les troubles du neuro-développement (TND) se caractérisent par une perturbation du développement cognitif ou affectif de l’enfant qui entraine un retentissement important sur les fonctionnements adaptatifs, scolaire, social et familial.
Ce sont des processus dynamiques, influencés par des facteurs biologiques, génétiques, socioculturels, affectifs, et environnementaux. Ils débutent très précocement, dès la période anténatale, pour se poursuivre jusqu’à l’âge adulte.
Dans les TND figurent les troubles du spectre de l’autisme (TSA), les troubles du développement intellectuel, les troubles « dys » (dyslexie, dyspraxie, dysphasie, dyscalculie, dysorthographie), les troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).
On parle de troubles du « spectre » de l’autisme (TSA), car le terme d’autisme recouvre une réalité très large, très variée et très hétérogène. Les critères diagnostiques actualisés par le DSM-5 (cinquième édition du manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux et des troubles psychiatriques) sont définis dans deux dimensions symptomatiques :
- les déficits persistants de la communication et des interactions sociales observés dans des contextes variés ;
- le caractère restreint et répétitif des comportements, des intérêts ou des activités.
Chaque personne autiste se situe à des degrés différents dans le spectre, selon la fréquence et l’intensité de ses particularités. Certains vont beaucoup parler alors que d’autres auront des difficultés d’expression, certains auront besoin de temps pour réaliser des apprentissages alors que d’autres vont parfaitement les maîtriser.
Les TND touchent 5 % de la population, à l’heure actuelle, soit environ 35 000 naissances par an, selon la HAS (Haute Autorité de Santé) ([2]).
Mais les données épidémiologiques dont nous disposons montrent une constante augmentation desdifférents TND :
- TSA (Trouble du Spectre de l’Autisme): 1 % en population générale ; soit environ 7500 bébés en France chaque année. La HAS estime donc qu’environ 100 000 jeunes de moins de 20 ans et près de 600 000 adultes sont autistes en France. La prévalence aurait triplé en 10 ans en Haute- Savoie ([3]) mais il est possible que cette hausse soit plus spécifiquement liée à la modification des critères diagnostiques et à un meilleur repérage de ces troubles.
- TDAH (Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité) : 5% des enfants et adolescents, 2,5% des adultes ;
- Dyslexie : 5 à 17% des enfants en âge d’être scolarisés ;
- Trouble développemental de la coordination (anciennement appelé dyspraxie): jusqu’à 6% en population générale ;
- Déficience intellectuelle : environ 1% en population générale.
Ces pourcentages ne doivent pas être additionnés car certains enfants présentent plusieurs types de troubles énoncés ci-dessus associés.
Les variations en incidence doivent être regardées avec précaution si on les rapporte aux dernières décennies car elles sont en lien avec les changements nosographiques : les dysharmonies évolutives ont quasiment disparu (alors qu’elles étaient nombreuses, souvent mises en avant car les psychiatres redoutaient de renvoyer les familles vers des diagnostics de psychose ou d’autisme (sans parler du caricatural autisme de Kanner ?) et ainsi préféraient ce terme très vague mais moins définitif de dysharmonie évolutive alors que psychose et autisme « condamnaient l’enfant ».
Ont disparu aussi les psychoses symbiotiques, les états limite, border line, les psychopathies, les différents types de névroses etc.
LES CAUSES ?
De nombreux facteurs génétiques, anténataux et environnementaux sont suspectés d’augmenter le risque de TSA (Troubles du Spectre Autistique) avec des niveaux de preuve plus ou moins élevés, avec des hypothèses psychogénétiques ainsi qu’avec des mécanismes se rapportant à des causes extérieures et plus ou moins bien démontrés.
Cependant nous limiterons ce dossier à l’évaluation du rôle délétère de causes extérieures au sens large, notamment de l’environnement pendant la grossesse.
Conséquences de l’exposition pendant la grossesse ou l’enfance
Le flux maturatif modifie chaque jour les capacités en devenir du fœtus et de l’enfant. Il est plus ou moins rapide selon les individus, mais il suit des étapes incontournables qui dans le cadre d’un développement ordinaire se succèdent dans un ordre intangible. La perturbation de ces processus de développement cérébral conduit à un trouble neurodéveloppemental.
L’exemple de la Dépakine
L’exposition in utero au valproate de sodium (ND Dépakine *) et ses dérivés est suspectée d’être associée à une augmentation de prévalence de l’autisme. La HAS (Haute Autorité de Santé) et l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament), ont estimé que ces traitements augmentent sensiblement le risque d’autisme infantile (d’un facteur 5) et de troubles appartenant au spectre de l’autisme (TSA) (d’un facteur 3) chez les enfants exposés. Mais si l’étude de fratries semble remettre ce lien en cause, quelques articles incrimineraient la prise de Dépakine non plus chez la mère mais chez le père ([4],[5],[6]).
De même que l’exposition à certains médicaments au cours de la grossesse (antidépresseurs inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, paracétamol), l’exposition à certaines substances addictives au cours de la grossesse, les carences maternelles en vitamine D et acide folique auraient aussi des conséquences délétères tout comme les pesticides, voir les deux chapitres (troubles cognitifs et troubles neuro-développementaux) de l’expertise INSERM de 2021 ([7]).
Les études de cohortes mères-enfants ont permis de caractériser les liens entre l’exposition professionnelle ou environnementale des mères (aussi bien que celle de la population générale) pendant la grossesse et les troubles des développements neuropsychologique et moteur de l’enfant. Il est difficile de pointer des substances actives en particulier, mais certaines familles chimiques de pesticides sont impliquées, avec un niveau de présomption fort ([8]) notamment les insecticides organochlorés (qui ne sont plus utilisés mais très persistants dans l’environnement), les organophosphorés ([9]) et les pyréthrinoïdes ([10]) dont l’usage a augmenté du fait de l’interdiction totale des organo-chlorés et de nombreux organo-phosphorés.
Le lien entre les organophosphorés et l’altération des capacités motrices, cognitives ainsi que des fonctions sensorielles de l’enfant, est confirmé par des anomalies morphologiques cérébrales suite à une exposition au chlorpyrifos en particulier.
Les nouvelles études sur les pyréthrinoïdes mettent en évidence un lien entre l’exposition pendant la grossesse et l’augmentation des troubles du comportement de type internalisé tels que l’anxiété chez les enfants. Sur des rongeurs, les données expérimentales suggèrent une hyperperméabilité de la barrière hémato-encéphalique par les pyréthrinoïdes aux stades les plus précoces du développement et confortent ainsi la plausibilité biologique de ce lien. Récemment, la perméabilité de la barrière hémato-méningée a été mise en cause du fait de la présence d’une substance active de la famille des néonicotinoïdes, l’acétamipride et ses métabolites dans le liquide céphalo-rachidien.
De plus, comme le montrent des études récentes d’expologie, ces insecticides, utilisés la fois en agriculture et dans les sphères domestiques, sont responsables d’une contamination fréquente des environnements intérieurs.
Facteurs environnementaux
Autant il a été « relativement facile » de faire des études de cohortes entre les femmes sous valproate de sodium comparativement à un groupe non exposé, autant il est difficile d’effectuer des recherches a posteriori sur les imprégnations pendant les grossesses. C’est pourquoi le moment de l’accouchement présenterait une bonne opportunité pour rechercher des traces de substances actives pesticides et/ou de leurs métabolites ([11]).
Pour identifier ces facteurs toxiques, la France a lancé fin mars 2023 une vaste étude auprès de 1700 familles (cohorte Marianne) qui seront suivies pendant dix ans, dans les départements de l’Eure, Gard, Haute-Garonne, de l’Hérault, Loire, Nord, Seine-Maritime, Tarn et du Tarn-et-Garonne. ([12]). Chaque année, seront effectués des prélèvements biologiques, des observations pédiatriques et un suivi des problématiques de santé et sociales.
Parmi ces facteurs toxiques, on peut évoquer
1) les Pertubateurs Endocriniens (PE) ([13]) : polybromés,(retardateurs de flamme dans la lutte contre les incendies), les PCB++++ phtalates (plastiques) vraisemblablement le Bisphénol A et ses dérivés. Un très grand nombre de PE agissent sur la thyroïde++ dont les hormones sont essentielles dans le développement cérébral (différenciation, migration cellulaire).
Un mélange d’une quinzaine de PE courants perturbe la construction du cerveau de l’enfant à naître et peut retarder l’acquisition du langage, considéré comme un marqueur précoce de déficience intellectuelle ou de troubles du spectre autistique (TSA)([14]). Les divers mécanismes de perturbation du métabolisme thyroidien sont de mieux en mieux connus, de même que leur relation avec tel ou tel type de substance chimique. cf : https://alerte-medecins-pesticides.fr/ressources/dossier-pe/
2) les métaux lourds comme le mercure ([15]), le plomb, l’arsenic sont liés classiquement et de façon indiscutable à des troubles non seulement neuro-développementaux mais aussi neurologiques
Pour d’autres métaux lourds (manganèse, cadmium++, antimoine, molybdène et cuivre), des publications récentes pointent leurs rôles dans certains troubles neurodéveloppementaux mais les recherches n’en sont qu’à leur début.
3) Certains pesticides ([16]) comme les organochlorés, les organophosphorés ([17]) et les pyréthrinoïdes sont des PE qui agissent sur les récepteurs thyroïdiens.
Les corrélations les plus étudiées concernent les organochlorés, encore présents dans l’environnement bien qu’interdits de puis vingt ans et plus, et les organophosphorés.
Dans le cas des pyrèthrinoïdes, 100 % des femmes enceintes de la cohorte Elfe([18]) en France, présentent dans leurs urines des résidus quantifiés ([19]). Outre ces insecticides l’exposition à l’atrazine, un herbicide, a été mise en lien avec un retard de croissance intra utérin et une diminution du périmètre crânien (Chevrier 2011).
Il existe un lien de présomption fort entre les TSA et l’exposition aux pesticides à usage domestique ET à proximité d’activités agricoles cf p 20 (diapo 44) du résumé de l’expertise INSERM https://inserm.b-cdn.net/wp-content/uploads/2021-06/inserm-expertisecollective-pesticides2021-synthese.pdf
4) les composés perfluorés (PFAS) ([20])
Des études épidémiologiques ont exploré les liens entre l’exposition prénatale aux PFAS et les paramètres du développement neurologique en particulier ceux concernant les troubles du comportement. L’exposition prénatale au PFNA et au PFOA est associée à des scores croissant défavorablement pour des comportements extériorisés, comme l’hyperactivité. De plus, l’exposition prénatale au PFNA et au PFDA induit des comportements d’intériorisation (anxiété générale et trouble dépressif majeur).
cf :https://alerte-medicale-pesticides.fr/ressources/dossier-polluants-eternels/
5) Le chapitre du rôle délétère des nanoplastiques, dont la présence est de plus en plus démontrée dans les organismes vivants, est en train de s’ouvrir pour l’activité cérébrale.
6) et n’oublions pas l’alcool même en quantité modérée et épisodique tout au long de la grosssesse
EN CONCLUSION,
L’expertise de l’INSERM souligne l’importance de réévaluer périodiquement les connaissances dans ce domaine. La confirmation et la mise en évidence de présomptions fortes de liens entre certaines pathologies et l’exposition aux pesticides doivent orienter les actions publiques vers une meilleure protection des populations. Ces questions relatives aux liens entre une exposition aux pesticides et la survenue de certaines pathologies, s’inscrivent dans une complexité croissante. Les littératures scientifique et médicale amènent à une préoccupation concernant les effets indirects de certains pesticides sur la santé humaine du fait de leurs présences et leurs persistances dans les écosystèmes d’où l’aberration et l’inconséquence du projet européen Omnibus 7 et suivants ([21]).
Les causes possibles et les risques qui y sont associés mériteraient d’être davantage étudiées et intégrées, au même titre que les aspects sociaux et économiques, afin d’élaborer des politiques publiques en accord avec les connaissances scientifiques et respectueuses de la santé humaine, tout cela avant d’engager le processus décisionnel.
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[1] https://www.crabourgogne.org/autisme-et-tsa/definitions/lautisme-un-trouble-envahissant-du-developpement/#:~:text=L%27autisme%20est%20défini%20aujourd,caractère%20restreint%20et%20répétitif%20des
[2] https://handicap.gouv.fr/la-strategie-nationale-autisme-et-troubles-du-neuro-developpement
[3] https://www.autismeinfoservice.fr/adapter/essentiel/chiffres-statistiques
[4] https://www.chuv.ch/fileadmin/sites/dp/documents/DHPC-Valproate_risque_homme_Lettre_2024_FR_Final_18.03.2024.pdf
[5] https://www.vidal.fr/actualites/37078-exposition-paternelle-au-valproate-et-troubles-neurodeveloppementaux-chez-l-enfant-ce-que-nous-apprend-la-recente-etude-epi-phare.html
[6] https://www.epi-phare.fr/rapports-detudes-et-publications/valproate-peres-tnd/
[7] https://www.inserm.fr/expertise-collective/pesticides-et-sante-nouvelles-donnees-2021/
[9] https://www.youtube.com/watch?v=wsc-XsSVqWY&t=253s
[10] https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26057254/
[11] https://alerte-medicale-pesticides.fr/ressources/dossier-metabolites-2/
[12] https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/haute-garonne/toulouse/pollution-pesticides-perturbateurs-endocriniens-une-etude-sur-le-lien-entre-autisme-et-environnement-menee-dans-plusieurs-departements-d-occitanie-2746354.html
[13] https://www.edimark.fr/revues/medecine-et-enfance/n-2-avril-2022-copy/troubles-du-spectre-autistique-desperturbateurs-endocriniens-alevolution-nosographique
[14] https://www.edimark.fr/revues/medecine-et-enfance/n-2-avril-2022-copy/troubles-du-spectre-autistique-desperturbateurs-endocriniens-alevolution-nosographique
[15] https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33396565/
[16] https://www.inserm.fr/expertise-collective/pesticides-et-sante-nouvelles-donnees-2021/
[17] https://www.youtube.com/watch?v=wsc-XsSVqWY&t=253s
[18] https://www.elfe-france.fr
[19] https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26057254/
[20] https://ehp.niehs.nih.gov/doi/10.1289/EHP12540
[21] https://www.natpro.be/actus/pesticides/omnibus-vii-la-commission-europeenne-maintient-son-plan-initial-dautorisation-a-duree-illimitee-de-certains-pesticides-au-prejudice-de-la-sante-et-de-lenvironnement/
GÉNÉRALITÉS
« Le neurodéveloppement désigne l’ensemble des mécanismes qui vont guider la façon dont le cerveau se développe, orchestrant toutes les fonctions cérébrales (les fonctions motrice, langagière, cognitive, l’intégration sensorielle, la perception, la gestion émotionnelles, etc.). C’est un processus dynamique, influencé par des facteurs biologiques, génétiques et environnementaux. Il débute très précocement, dès la période anténatale, pour se poursuivre jusqu’à l’âge adulte » ([1])
Les troubles du neuro-développement (TND) se caractérisent par une perturbation du développement cognitif ou affectif de l’enfant qui entraine un retentissement important sur les fonctionnements adaptatifs, scolaire, social et familial.
Ce sont des processus dynamiques, influencés par des facteurs biologiques, génétiques, socioculturels, affectifs, et environnementaux. Ils débutent très précocement, dès la période anténatale, pour se poursuivre jusqu’à l’âge adulte.
Dans les TND figurent les troubles du spectre de l’autisme (TSA), les troubles du développement intellectuel, les troubles « dys » (dyslexie, dyspraxie, dysphasie, dyscalculie, dysorthographie), les troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).
On parle de troubles du « spectre » de l’autisme (TSA), car le terme d’autisme recouvre une réalité très large, très variée et très hétérogène. Les critères diagnostiques actualisés par le DSM-5 (cinquième édition du manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux et des troubles psychiatriques) sont définis dans deux dimensions symptomatiques :
Chaque personne autiste se situe à des degrés différents dans le spectre, selon la fréquence et l’intensité de ses particularités. Certains vont beaucoup parler alors que d’autres auront des difficultés d’expression, certains auront besoin de temps pour réaliser des apprentissages alors que d’autres vont parfaitement les maîtriser.
Les TND touchent 5 % de la population, à l’heure actuelle, soit environ 35 000 naissances par an, selon la HAS (Haute Autorité de Santé) ([2]).
Mais les données épidémiologiques dont nous disposons montrent une constante augmentation desdifférents TND :
Ces pourcentages ne doivent pas être additionnés car certains enfants présentent plusieurs types de troubles énoncés ci-dessus associés.
Les variations en incidence doivent être regardées avec précaution si on les rapporte aux dernières décennies car elles sont en lien avec les changements nosographiques : les dysharmonies évolutives ont quasiment disparu (alors qu’elles étaient nombreuses, souvent mises en avant car les psychiatres redoutaient de renvoyer les familles vers des diagnostics de psychose ou d’autisme (sans parler du caricatural autisme de Kanner ?) et ainsi préféraient ce terme très vague mais moins définitif de dysharmonie évolutive alors que psychose et autisme « condamnaient l’enfant ».
Ont disparu aussi les psychoses symbiotiques, les états limite, border line, les psychopathies, les différents types de névroses etc.
LES CAUSES ?
De nombreux facteurs génétiques, anténataux et environnementaux sont suspectés d’augmenter le risque de TSA (Troubles du Spectre Autistique) avec des niveaux de preuve plus ou moins élevés, avec des hypothèses psychogénétiques ainsi qu’avec des mécanismes se rapportant à des causes extérieures et plus ou moins bien démontrés.
Cependant nous limiterons ce dossier à l’évaluation du rôle délétère de causes extérieures au sens large, notamment de l’environnement pendant la grossesse.
Conséquences de l’exposition pendant la grossesse ou l’enfance
Le flux maturatif modifie chaque jour les capacités en devenir du fœtus et de l’enfant. Il est plus ou moins rapide selon les individus, mais il suit des étapes incontournables qui dans le cadre d’un développement ordinaire se succèdent dans un ordre intangible. La perturbation de ces processus de développement cérébral conduit à un trouble neurodéveloppemental.
L’exemple de la Dépakine
L’exposition in utero au valproate de sodium (ND Dépakine *) et ses dérivés est suspectée d’être associée à une augmentation de prévalence de l’autisme. La HAS (Haute Autorité de Santé) et l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament), ont estimé que ces traitements augmentent sensiblement le risque d’autisme infantile (d’un facteur 5) et de troubles appartenant au spectre de l’autisme (TSA) (d’un facteur 3) chez les enfants exposés. Mais si l’étude de fratries semble remettre ce lien en cause, quelques articles incrimineraient la prise de Dépakine non plus chez la mère mais chez le père ([4],[5],[6]).
De même que l’exposition à certains médicaments au cours de la grossesse (antidépresseurs inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, paracétamol), l’exposition à certaines substances addictives au cours de la grossesse, les carences maternelles en vitamine D et acide folique auraient aussi des conséquences délétères tout comme les pesticides, voir les deux chapitres (troubles cognitifs et troubles neuro-développementaux) de l’expertise INSERM de 2021 ([7]).
Les études de cohortes mères-enfants ont permis de caractériser les liens entre l’exposition professionnelle ou environnementale des mères (aussi bien que celle de la population générale) pendant la grossesse et les troubles des développements neuropsychologique et moteur de l’enfant. Il est difficile de pointer des substances actives en particulier, mais certaines familles chimiques de pesticides sont impliquées, avec un niveau de présomption fort ([8]) notamment les insecticides organochlorés (qui ne sont plus utilisés mais très persistants dans l’environnement), les organophosphorés ([9]) et les pyréthrinoïdes ([10]) dont l’usage a augmenté du fait de l’interdiction totale des organo-chlorés et de nombreux organo-phosphorés.
Le lien entre les organophosphorés et l’altération des capacités motrices, cognitives ainsi que des fonctions sensorielles de l’enfant, est confirmé par des anomalies morphologiques cérébrales suite à une exposition au chlorpyrifos en particulier.
Les nouvelles études sur les pyréthrinoïdes mettent en évidence un lien entre l’exposition pendant la grossesse et l’augmentation des troubles du comportement de type internalisé tels que l’anxiété chez les enfants. Sur des rongeurs, les données expérimentales suggèrent une hyperperméabilité de la barrière hémato-encéphalique par les pyréthrinoïdes aux stades les plus précoces du développement et confortent ainsi la plausibilité biologique de ce lien. Récemment, la perméabilité de la barrière hémato-méningée a été mise en cause du fait de la présence d’une substance active de la famille des néonicotinoïdes, l’acétamipride et ses métabolites dans le liquide céphalo-rachidien.
De plus, comme le montrent des études récentes d’expologie, ces insecticides, utilisés la fois en agriculture et dans les sphères domestiques, sont responsables d’une contamination fréquente des environnements intérieurs.
Facteurs environnementaux
Autant il a été « relativement facile » de faire des études de cohortes entre les femmes sous valproate de sodium comparativement à un groupe non exposé, autant il est difficile d’effectuer des recherches a posteriori sur les imprégnations pendant les grossesses. C’est pourquoi le moment de l’accouchement présenterait une bonne opportunité pour rechercher des traces de substances actives pesticides et/ou de leurs métabolites ([11]).
Pour identifier ces facteurs toxiques, la France a lancé fin mars 2023 une vaste étude auprès de 1700 familles (cohorte Marianne) qui seront suivies pendant dix ans, dans les départements de l’Eure, Gard, Haute-Garonne, de l’Hérault, Loire, Nord, Seine-Maritime, Tarn et du Tarn-et-Garonne. ([12]). Chaque année, seront effectués des prélèvements biologiques, des observations pédiatriques et un suivi des problématiques de santé et sociales.
Parmi ces facteurs toxiques, on peut évoquer
1) les Pertubateurs Endocriniens (PE) ([13]) : polybromés,(retardateurs de flamme dans la lutte contre les incendies), les PCB++++ phtalates (plastiques) vraisemblablement le Bisphénol A et ses dérivés. Un très grand nombre de PE agissent sur la thyroïde++ dont les hormones sont essentielles dans le développement cérébral (différenciation, migration cellulaire).
Un mélange d’une quinzaine de PE courants perturbe la construction du cerveau de l’enfant à naître et peut retarder l’acquisition du langage, considéré comme un marqueur précoce de déficience intellectuelle ou de troubles du spectre autistique (TSA)([14]). Les divers mécanismes de perturbation du métabolisme thyroidien sont de mieux en mieux connus, de même que leur relation avec tel ou tel type de substance chimique. cf : https://alerte-medecins-pesticides.fr/ressources/dossier-pe/
2) les métaux lourds comme le mercure ([15]), le plomb, l’arsenic sont liés classiquement et de façon indiscutable à des troubles non seulement neuro-développementaux mais aussi neurologiques
Pour d’autres métaux lourds (manganèse, cadmium++, antimoine, molybdène et cuivre), des publications récentes pointent leurs rôles dans certains troubles neurodéveloppementaux mais les recherches n’en sont qu’à leur début.
3) Certains pesticides ([16]) comme les organochlorés, les organophosphorés ([17]) et les pyréthrinoïdes sont des PE qui agissent sur les récepteurs thyroïdiens.
Les corrélations les plus étudiées concernent les organochlorés, encore présents dans l’environnement bien qu’interdits de puis vingt ans et plus, et les organophosphorés.
Dans le cas des pyrèthrinoïdes, 100 % des femmes enceintes de la cohorte Elfe([18]) en France, présentent dans leurs urines des résidus quantifiés ([19]). Outre ces insecticides l’exposition à l’atrazine, un herbicide, a été mise en lien avec un retard de croissance intra utérin et une diminution du périmètre crânien (Chevrier 2011).
Il existe un lien de présomption fort entre les TSA et l’exposition aux pesticides à usage domestique ET à proximité d’activités agricoles cf p 20 (diapo 44) du résumé de l’expertise INSERM https://inserm.b-cdn.net/wp-content/uploads/2021-06/inserm-expertisecollective-pesticides2021-synthese.pdf
4) les composés perfluorés (PFAS) ([20])
Des études épidémiologiques ont exploré les liens entre l’exposition prénatale aux PFAS et les paramètres du développement neurologique en particulier ceux concernant les troubles du comportement. L’exposition prénatale au PFNA et au PFOA est associée à des scores croissant défavorablement pour des comportements extériorisés, comme l’hyperactivité. De plus, l’exposition prénatale au PFNA et au PFDA induit des comportements d’intériorisation (anxiété générale et trouble dépressif majeur).
cf :https://alerte-medicale-pesticides.fr/ressources/dossier-polluants-eternels/
5) Le chapitre du rôle délétère des nanoplastiques, dont la présence est de plus en plus démontrée dans les organismes vivants, est en train de s’ouvrir pour l’activité cérébrale.
6) et n’oublions pas l’alcool même en quantité modérée et épisodique tout au long de la grosssesse
EN CONCLUSION,
L’expertise de l’INSERM souligne l’importance de réévaluer périodiquement les connaissances dans ce domaine. La confirmation et la mise en évidence de présomptions fortes de liens entre certaines pathologies et l’exposition aux pesticides doivent orienter les actions publiques vers une meilleure protection des populations. Ces questions relatives aux liens entre une exposition aux pesticides et la survenue de certaines pathologies, s’inscrivent dans une complexité croissante. Les littératures scientifique et médicale amènent à une préoccupation concernant les effets indirects de certains pesticides sur la santé humaine du fait de leurs présences et leurs persistances dans les écosystèmes d’où l’aberration et l’inconséquence du projet européen Omnibus 7 et suivants ([21]).
Les causes possibles et les risques qui y sont associés mériteraient d’être davantage étudiées et intégrées, au même titre que les aspects sociaux et économiques, afin d’élaborer des politiques publiques en accord avec les connaissances scientifiques et respectueuses de la santé humaine, tout cela avant d’engager le processus décisionnel.
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[1] https://www.crabourgogne.org/autisme-et-tsa/definitions/lautisme-un-trouble-envahissant-du-developpement/#:~:text=L%27autisme%20est%20défini%20aujourd,caractère%20restreint%20et%20répétitif%20des
[2] https://handicap.gouv.fr/la-strategie-nationale-autisme-et-troubles-du-neuro-developpement
[3] https://www.autismeinfoservice.fr/adapter/essentiel/chiffres-statistiques
[4] https://www.chuv.ch/fileadmin/sites/dp/documents/DHPC-Valproate_risque_homme_Lettre_2024_FR_Final_18.03.2024.pdf
[5] https://www.vidal.fr/actualites/37078-exposition-paternelle-au-valproate-et-troubles-neurodeveloppementaux-chez-l-enfant-ce-que-nous-apprend-la-recente-etude-epi-phare.html
[6] https://www.epi-phare.fr/rapports-detudes-et-publications/valproate-peres-tnd/
[7] https://www.inserm.fr/expertise-collective/pesticides-et-sante-nouvelles-donnees-2021/
[8] https://www.youtube.com/watch?v=wsc-XsSVqWY&t=253s
[9] https://www.youtube.com/watch?v=wsc-XsSVqWY&t=253s
[10] https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26057254/
[11] https://alerte-medicale-pesticides.fr/ressources/dossier-metabolites-2/
[12] https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/haute-garonne/toulouse/pollution-pesticides-perturbateurs-endocriniens-une-etude-sur-le-lien-entre-autisme-et-environnement-menee-dans-plusieurs-departements-d-occitanie-2746354.html
[13] https://www.edimark.fr/revues/medecine-et-enfance/n-2-avril-2022-copy/troubles-du-spectre-autistique-desperturbateurs-endocriniens-alevolution-nosographique
[14] https://www.edimark.fr/revues/medecine-et-enfance/n-2-avril-2022-copy/troubles-du-spectre-autistique-desperturbateurs-endocriniens-alevolution-nosographique
[15] https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33396565/
[16] https://www.inserm.fr/expertise-collective/pesticides-et-sante-nouvelles-donnees-2021/
[17] https://www.youtube.com/watch?v=wsc-XsSVqWY&t=253s
[18] https://www.elfe-france.fr
[19] https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26057254/
[20] https://ehp.niehs.nih.gov/doi/10.1289/EHP12540
[21] https://www.natpro.be/actus/pesticides/omnibus-vii-la-commission-europeenne-maintient-son-plan-initial-dautorisation-a-duree-illimitee-de-certains-pesticides-au-prejudice-de-la-sante-et-de-lenvironnement/